Je ne veux pas grandir.
C'est
trop effrayant.
Grandir, c'est commencer à réaliser
l'horreur de ce monde.
Grandir, c'est devenir responsable.
Grandir, c'est se faire critiquer.
Grandir, c'est être jugé sans raisons.
Grandir, c'est devoir réfléchir pour
des choses qui nous torturent.
Grandir, c'est être moqué quand on joue.
Grandir, c'est devoir faire bonne impression.
Grandir, c'est s
e soucier de l'avis de gens qu'on ne connaît pas.
Grandir, c'est
complexer sur un rien.
Grandir, c'est assumer des choses sans queue ni tête.
Grandir est la pire chose qui peut arriver dans la vie d'un être humain. Moi, je veux pouvoir
vivre dans l'insouciance, ne rien avoir sur les épaules, être critiquablement intouchable, ne pas me casser la tête, ne pas avoir mal, m'amuser librement, ne pas me forcer à faire
des choses que je ne veux pas faire, ne pas me soucier du regard des autres, ne pas me soucier de chaque détail de mon apparence, ne
pas avoir à faire bonne image, continuer à gambader dans les collines, continuer à me faire porter, à me faire border, ne pas me rendre compte qu'autour de moi, les gens ne sont que des monstres.
Être enfant, c'est être soi-même. Je veux pouvoir être moi-même encore longtemps. Les enfants ont tous les vêtements possibles et imaginables, les enfants ont des bonbons quand ils sont sages à la boucherie, les enfants
sont chouchoutés par les adultes, les enfants sont excusés par leurs parents, les enfants ne sont pas forcés à faire la vaisselle, les enfants
ne se font pas reprocher des choses que les adultes ne font pas eux-mêmes, les enfants rendent les gens fous parce qu'
ils sont "trop mignoooooons", les enfants sont
protégés, les enfants sont
vénérés. Pourquoi soudainement tout change ? Moi, je ne veux pas
attraper des formes, voir mes hanches s'élargir, ma voix devenir grave, être plus grande que ma mère, ne plus
rentrer dans mes pantalons, devoir me péter des boutons tous les soirs, être
mise à l'écart, qu'on prenne tout ce que je dis pour une réflexion personnelle, arrêter mes gamineries, devoir
arrêter de me déguiser parce que c'est la honte ! Je ne veux pas être la
parfaite petite adolescente digne d'une famille de catholiques pratiquants qui fait du piano depuis c'est 3 ans, qui mets des lunettes à force de trop lire, qui connaît la bible par coeur et qui ne vit que pour remercier ses parents de l'avoir créée et pour les aider dans les tâches ménagères. Je suis pas là pour rendre la vie des autres plus facile. Je regrette profondément le temps où
je n'étais qu'une petite fille, quand mes parents m'aimaient encore comme des parents doivent aimer leur fille. Quand je ne comprenais pas toujours les films, quand les phrases de plus de 8 lignes m'étaient égales à du latin, quand je
savais pas prononcer "anticonstitutionnellement", quand on me portait et me mettait en pyjama quand j'étais morte de fatigue, à la sortie d'une fête chez des amis. Moi aussi
je regrette ce temps-là,
mais ça n'est pas à moi de reprocher d'avoir grandi. Je commence peu à peu à réaliser que
je vais déjà avoir 14 ans. C'est une
abomination. Même si tout le monde me dit que je fais des manières, fermez-la et mettez-vous à ma place, bien que vous ne me comprendrez jamais. Pour moi, c'est de la torture. Quand j'ai atteint mes 10 ans, j'ai commencé à
attendre mes anniversaires de moins en moins férocement. Je les redoutais presque, alors qu'étant petite, j'avais ma liste de cadeaux d'anniversaire prête à Noël. Limite je n'en préparais pas une nouvelle le jour même de mon anniversaire. A présent, je préfère ne pas y penser.
J'aime de moins en moins le printemps et l'été, saisons lors desquelles je jouais à la balançoire, dans mon jardin. A présent, la balançoire, elle est loin derrière. Cela fait au moins 5 ans que je n'ai pas posé mes fesses sur une scelle pour me balancer toujours plus haut. Je croyais qu'un jour, je toucherai les nuages avec mes pieds. Aujourd'hui, j'aspire à l'automne et l'hiver.
L'hiver: Noël ! Noël, ambiance de fête, jadis la neige, et tous les bons souvenirs, ces sentations qui rappellent des choses fabuleuses, vécues comme des milliers d'années plus tôt. Noël, la
bonne odeur du sapin dans le salon, la précipitation dans les escaliers pour aller chercher les décorations dans le "trou", le pseudo-placard sans porte, l'attente insoutenable jusqu'au saint jour, la sainte soirée où
je distribue les cadeaux, pire qu'à une cérémonie, tellement excitée dans mes jupes ou robes et collants que je glisse et me fracasse le col du fémur sur le carrelage du salon...
Et à présent, je me rend compte que
pour quelqu'un qui n'avait pas d'idées, j'ai écrit plus que je ne l'ai jamais fait. Encore un article qui sera à tout jamais vierge de lecteurs.C'est décidé, je change d'air. Programmation dans les jours à venir
.
La rentrée en 3ème sera certainement une piqûre de stress, une grande dernière et aussi le début du renouveau que j'attendais depuis tellement longtemps...Picture: Le Monde de Narnia, Chapitre 2: Le Prince Caspian. De Gauche à Droite: Edmund (Skandar Keynes <3, Peter (William Moseley), Lucy (Georgie Henley), Susan (Anna Popplewell) )
Musique: Aya Hirano - NEOPHILIA